Toutes ces époques avaient été séparées les unes des autres par des cataclysmes, dont le dernier est notre déluge. C'était comme une féerie en plusieurs actes, ayant l'homme pour apothéose.
Ils furent stupéfaits d'apprendre qu'il existait sur des pierres des empreintes de libellules, de pattes d'oiseaux,—et ayant feuilleté un des manuels Roret, ils cherchèrent des fossiles.
Un après-midi, comme ils retournaient des silex au milieu de la grande route, M. le curé passa, et les abordant d'une voix pateline:
—Ces messieurs s'occupent de géologie? fort bien!
Car il estimait cette science. Elle confirme l'autorité des Écritures, en prouvant le Déluge.
Bouvard parla des coprolithes, lesquels sont des excréments de bêtes, pétrifiés.
L'abbé Jeufroy parut surpris du fait; après tout, s'il avait lieu, c'était une raison de plus, d'admirer la Providence.
Pécuchet avoua que leurs enquêtes jusqu'alors n'avaient pas été fructueuses,—et cependant les environs de Falaise, comme tous les terrains jurassiques, devaient abonder en débris d'animaux.
—J'ai entendu dire répliqua l'abbé Jeufroy qu'autrefois on avait trouvé à Villers la mâchoire d'un éléphant. Du reste, un de ses amis, M. Larsonneur, avocat, membre du barreau de Lisieux et archéologue, leur fournirait peut-être des renseignements! Il avait fait une histoire de Port-en-Bessin où était notée la découverte d'un crocodile.
Bouvard et Pécuchet échangèrent un coup d'oeil; le même espoir leur était venu;—et malgré la chaleur, ils restèrent debout pendant longtemps, à interroger l'ecclésiastique qui s'abritait sous un parapluie de coton bleu. Il avait le bas du visage un peu lourd avec le nez pointu, souriait continuellement, ou penchait la tête en fermant les paupières.