Devant la bibliothèque, se carrait une commode en coquillages, avec des ornements de peluche. Son couvercle supportait un chat tenant une souris dans sa gueule,—pétrification de Saint-Allyre,—une boîte à ouvrage en coquilles mêmement; et sur cette boîte, une carafe d'eau-de-vie contenait une poire de bon-chrétien.
Mais le plus beau, c'était dans l'embrasure de la fenêtre, une statue de saint Pierre! Sa main droite couverte d'un gant serrait la clef du Paradis, de couleur vert pomme; sa chasuble que des fleurs de lis agrémentaient était bleu ciel, et sa tiare très jaune pointue comme une pagode. Il avait les joues fardées, de gros yeux ronds, la bouche béante, le nez de travers et en trompette. Au-dessus pendait un baldaquin fait d'un vieux tapis où l'on distinguait deux amours dans un cercle de roses—et à ses pieds comme une colonne se levait un pot à beurre, portant ces mots en lettres blanches sur fond chocolat: Exécuté devant S.A.R. Monseigneur le duc d'Angoulême, à Noron, le 3 d'octobre 1817.
Pécuchet, de son lit, apercevait tout cela en enfilade—et parfois même il allait jusque dans la chambre de Bouvard, pour allonger la perspective.
Une place demeurait vide en face de la cotte de mailles, celle du bahut renaissance.
Il n'était pas achevé. Gorju y travaillait encore; varlopant les panneaux dans le fournil, et les ajustant, les démontant.
À onze heures, il déjeunait; causait ensuite avec Mélie, et souvent ne reparaissait plus de toute la journée.
Pour avoir des morceaux dans le genre du meuble Bouvard et Pécuchet s'étaient mis en campagne. Ce qu'ils rapportaient ne convenait pas. Mais ils avaient rencontré une foule de choses curieuses. Le goût des bibelots leur était venu, puis l'amour du moyen âge.
D'abord, ils visitèrent les cathédrales;—et les hautes nefs se mirant dans l'eau des bénitiers, les verreries éblouissantes comme des tentures de pierreries, les tombeaux au fond des chapelles, le jour incertain des cryptes, tout, jusqu'à la fraîcheur des murailles leur causa un frémissement de plaisir, une émotion religieuse.
Bientôt, ils furent capables de distinguer les époques—et dédaigneux des sacristains, ils disaient:—Ah! une abside romane! Cela est du XIIe siècle! voilà que nous retombons dans le flamboyant!
Ils tâchaient de comprendre les symboles sculptés sur les chapiteaux, comme les deux griffons de Marigny becquetant un arbre en fleurs. Pécuchet vit une satire dans les chantres à mâchoire grotesque qui terminent les cintres de Feuguerolles;—et pour l'exubérance de l'homme obscène couvrant un des meneaux d'Hérouville, cela prouvait, suivant Bouvard, que nos aïeux avaient chéri la gaudriole.