Ah! lui aussi?
LE BUDDHA
Ayant vaincu le démon, j'ai passé douze ans à me nourrir exclusivement de parfums;—et comme j'avais acquis les cinq vertus, les cinq facultés, les dix forces, les dix-huit substances, et pénétré dans les quatre sphères du monde invisible, l'Intelligence fut à moi! Je devins le Buddha!
Tous les Dieux s'inclinent; ceux qui ont plusieurs têtes les baissent à la fois.
Il lève dans l'air sa haute main et reprend:
En vue de la délivrance des êtres, j'ai fait des centaines de mille de sacrifices! J'ai donné aux pauvres des robes de soie, des lits, des chars, des maisons, des tas d'or et des diamants. J'ai donné mes mains aux manchots, mes jambes aux boiteux, mes prunelles aux aveugles; j'ai coupé ma tête pour les décapités. Au temps que j'étais roi, j'ai distribué des provinces; au temps que j'étais brahkmane, je n'ai méprisé personne. Quand j'étais un solitaire, j'ai dit des paroles tendres au voleur qui m'égorgea. Quand j'étais un tigre, je me suis laissé mourir de faim.
Et dans cette dernière existence, ayant prêché la loi, je n'ai plus rien à faire. La grande période est accomplie! Les hommes, les animaux, les Dieux, les bambous, les océans, les montagnes, les grains de sable des Ganges avec les myriades de myriades d'étoiles, tout va mourir;—et, jusqu'à des naissances nouvelles, une flamme dansera sur les ruines des mondes détruits!
Alors un vertige prend les Dieux. Ils chancellent, tombent en convulsions, et vomissent leurs existences. Leurs couronnes éclatent, leurs étendards s'envolent. Ils arrachent leurs attributs, leurs sexes, lancent par dessus l'épaule les coupes où ils buvaient l'immortalité, s'étranglent avec leurs serpents, s'évanouissent en fumée;—et quand tout a disparu …
HILARION
lentement: