Des vendeurs ambulants, des portefaix, des âniers, courent, se heurtent. Çà et là, un prêtre d'Osiris avec une peau de panthère sur l'épaule, un soldat romain à casque de bronze, beaucoup de nègres. Au seuil des boutiques des femmes s'arrêtent, des artisans travaillent; et le grincement des chars fait envoler des oiseaux qui mangent par terre les détritus des boucheries et des restes de poisson.

Sur l'uniformité des maisons blanches, le dessin des rues jette comme un réseau noir. Les marchés pleins d'herbes y font des bouquets verts, les sécheries des teinturiers des plaques de couleurs, les ornements d'or au fronton des temples des points lumineux,—tout cela compris dans l'enceinte ovale des murs grisâtres, sous la voûte du ciel bleu, près de la mer immobile.

Mais la foule s'arrête, et regarde du côté de l'occident, d'où s'avancent d'énormes tourbillons de poussière.

Ce sont les moines de la Thébaïde, vêtus de peaux de chèvre, armés de gourdins, et hurlant un cantique de guerre et de religion avec ce refrain: «Où sont-ils? où sont-ils?»

Antoine comprend qu'ils viennent pour tuer les Ariens.

Tout à coup les rues se vident,—et l'on ne voit plus que des pieds levés.

Les Solitaires maintenant sont dans la ville. Leurs formidables bâtons, garnis de clous, tournent comme des soleils d'acier. On entend le fracas des choses brisées dans les maisons. Il y a des intervalles de silence. Puis de grands cris s'élèvent.

D'un bout à l'autre des rues, c'est un remous continuel de peuple effaré.

Plusieurs tiennent des piques. Quelquefois, deux groupes se rencontrent, n'en font qu'un; et cette masse glisse sur les dalles, se disjoint, s'abat. Mais toujours les hommes à longs cheveux reparaissent.

Des filets de fumée s'échappent du coin des édifices. Les battants des portes éclatent. Des pans de murs s'écroulent. Des architraves tombent.