Le Roi essuie avec son bras les parfums de son visage. Il mange dans les vases sacrés, puis les brise; et il énumère intérieurement ses flottes, ses armées, ses peuples. Tout à l'heure, par caprice, il brûlera son palais avec ses convives. Il compte rebâtir la tour de Babel et détrôner Dieu.
Antoine lit, de loin, sur son front, toutes ses pensées. Elles le pénètrent,—et il devient Nabuchodonosor.
Aussitôt il est repu de débordements et d'exterminations; et l'envie le prend de se rouler dans la bassesse. D'ailleurs, la dégradation de ce qui épouvante les hommes est un outrage fait à leur esprit, une manière encore de les stupéfier; et comme rien n'est plus vil qu'une bête brute, Antoine se met à quatre pattes sur la table, et beugle comme un taureau.
Il sent une douleur à la main,—un caillou, par hasard, l'a blessé,—et il se retrouve devant sa cabane.
L'enceinte des roches est vide. Les étoiles rayonnent. Tout se tait.
Une fois de plus je me suis trompé! Pourquoi ces choses? Elles viennent des soulèvements de la chair. Ah! misérable!
Il s'élance dans sa cabane, y prend un paquet de cordes, terminé par des ongles métalliques, se dénude jusqu'à la ceinture, et levant la tête vers le ciel:
Accepte ma pénitence, ô mon Dieu! ne la dédaigne pas pour sa faiblesse.
Rends-la aiguë, prolongée, excessive! Il est temps! à l'oeuvre!
Il s'applique un cinglon vigoureux.
Aie! non! non! pas de pitié!