Il fut sur la Place accosté par l'aveugle, qui, s'étant traîné jusqu'à Yonville dans l'espoir de la pommade antiphlogistique, demandait à chaque passant où demeurait l'apothicaire.
—Allons, bon! comme si je n'avais pas d'autres chiens à fouetter! Ah! tant pis, reviens plus tard.
Et il entra précipitamment dans la pharmacie.
Il avait à écrire deux lettres, à faire une potion calmante pour Bovary, à trouver un mensonge qui pût cacher l'empoisonnement et à le rédiger en article pour le Fanal, sans compter les personnes qui l'attendaient, afin d'avoir des informations; et quand les Yonvillais eurent tous entendu son histoire d'arsenic qu'elle avait pris pour du sucre, en faisant une crème à la vanille, Homais, encore une fois, retourna chez Bovary.
Il le trouva seul (M. Canivet venait de partir), assis dans le fauteuil, près de la fenêtre, et contemplant d'un regard idiot les pavés de la salle.
—Il faudrait à présent, dit le pharmacien, fixer vous-même l'heure de la cérémonie?
—Pourquoi? quelle cérémonie?
Puis, d'une voix balbutiante et effrayée:
—Oh non! n'est-ce pas? non, je veux la garder.
Homais, par contenance, prit une carafe sur l'étagère, pour arroser les géraniums.