Léon, en effet, logeait chez le pharmacien, où il avait une petite pièce au second étage, sur la place. Il rougit à ce compliment de son propriétaire, qui déjà s'était tourné vers le médecin et lui énumérait l'un après l'autre les principaux habitants d'Yonville. Il racontait des anecdotes, donnait des renseignements; on ne savait pas au juste la fortune du notaire, et il y avait la maison Tuvache qui faisait beaucoup d'embarras.
Emma reprit:
—Et quelle musique préférez-vous?
—Oh! la musique allemande, celle qui porte à rêver.
—Connaissez-vous les Italiens?
—Pas encore; mais je les verrai l'année prochaine, quand j'irai habiter Paris pour finir mon droit.
—C'est comme j'avais l'honneur, dit le pharmacien, de l'exprimer à monsieur votre époux, à propos de ce pauvre Yanoda, qui s'est enfui; vous vous trouvez, grâce aux folies qu'il a faites, jouir d'une des maisons les plus confortables d'Yonville. Ce qu'elle a principalement de commode pour un médecin, c'est une porte sur l'Allée, qui permet d'entrer et de sortir sans être vu. D'ailleurs elle est fournie de tout ce qui est agréable à un ménage: buanderie, cuisine avec office, salon de famille, fruitier, etc. C'était un gaillard qui n'y regardait pas! Il s'était fait construire au bout du jardin, à côté de l'eau, une tonnelle tout exprès pour boire de la bière en été, et si Madame aime le jardinage, elle pourra...
—Ma femme ne s'en occupe guère, dit Charles, elle aime mieux, quoiqu'on lui recommande l'exercice, toujours rester dans sa chambre, à lire.
—C'est comme moi, répliqua Léon. Quelle meilleure chose, en effet, que d'être le soir au coin du feu avec un livre, pendant que le vent bat les carreaux, que la lampe brûle...