—Mon Dieu! mon Dieu! soupirait-elle.
—Vous vous trouvez gênée! fit-il en s'avançant d'un air inquiet, c'est la digestion, sans doute? Il faut rentrer chez vous, madame Bovary, boire un peu de thé; ça vous fortifiera; ou bien un verre d'eau fraîche avec de la cassonade.
—Pourquoi? Et elle avait l'air de quelqu'un qui se réveille d'un songe.
—C'est que vous passiez la main sur votre front. J'ai cru qu'un étourdissement vous prenait. Puis se ravisant: Mais vous me demandiez quelque chose. Qu'est-ce donc? Je ne sais plus.
—Moi? rien... rien... répétait Emma; et son regard, qu'elle promenait autour d'elle, s'abaissa lentement sur le vieillard à soutane. Ils se considéraient tous les deux, face à face, sans parler.
—Alors, madame Bovary, dit-il enfin, faites excuse! mais le devoir avant tout, vous savez. Il faut que j'expédie mes garnements. Voilà les premières communions qui vont venir. Nous serons encore surpris, j'en ai peur! Aussi, à partir de l'Ascension, je les tiens recta tous les mercredis une heure de plus. Ces pauvres enfants! On ne saurait les diriger trop tôt dans la voie du Seigneur, comme du reste il nous l'a recommandé lui-même par la bouche de son divin Fils. Bonne santé, madame, mes respects à M. votre mari.—Et il entra dans l'église, en faisant dès la porte une génuflexion.
Emma le vit qui disparaissait entre la double ligne des bancs, marchant à pas lourds, la tête un peu penchée sur l'épaule, et avec ses deux mains entr'ouvertes qu'il portait en dehors.
Puis elle tourna sur ses talons tout d'un bloc, comme une statue sur un pivot, et prit le chemin de sa maison. Mais la grosse voix du curé, la voix claire des gamins arrivaient encore à son oreille et continuaient derrière elle:
—Êtes-vous chrétien?