—Pourquoi pas?»

Frédéric conta qu'il avait eu, l'autre nuit, un songe affreux:

«J'ai rêvé que vous étiez gravement malade, près de mourir.

—Oh! ni moi ni mon mari ne sommes jamais malades!

—Je n'ai rêvé que de vous,» dit-il.

Elle le regarda d'un air calme.

«Les rêves ne se réalisent pas toujours.»

Frédéric balbutia, chercha ses mots, et se lança dans une longue période sur l'affinité des âmes. Une force existait qui peut, à travers les espaces, mettre en rapport deux personnes, les avertir de ce qu'elles éprouvent et les faire se rejoindre.

Elle l'écoutait la tête basse, tout en souriant de son beau sourire. Il l'observait du coin de l'œil, avec joie, et épanchait son amour plus librement sous la facilité d'un lieu commun. Elle proposa de lui montrer la fabrique; et, comme elle insistait, il accepta.

Pour le distraire d'abord par quelque chose d'amusant, elle lui fit voir l'espèce de musée qui décorait l'escalier. Les spécimens accrochés contre les murs ou posés sur des planchettes attestaient les engouements successifs d'Arnoux. Après avoir cherché le rouge des cuivres des Chinois, il avait voulu faire des majoliques, des faënza, de l'étrusque, de l'oriental, tenté quelques-uns des perfectionnements réalisés plus tard. Aussi remarquait-on, dans la série, de gros vases couverts de mandarins, des écuelles d'un mordoré chatoyant, des pots rehaussés d'écritures arabes, des buires dans le goût de la Renaissance, et de larges assiettes avec deux personnages, qui étaient comme dessinés à la sanguine, d'une façon mignarde et vaporeuse. Il fabriquait maintenant des lettres d'enseigne, des étiquettes à vin; mais son intelligence n'était pas assez haute pour atteindre jusqu'à l'Art, ni assez bourgeoise non plus pour viser exclusivement au profit, si bien que, sans contenter personne, il se ruinait. Tous deux considéraient ces choses, quand Mlle Marthe passa.