Soit que le Savoyard ne fît pas la commission, ou qu’elle eût trop de choses à dire pour s’expliquer d’un mot, la même réponse fut rapportée. L’insolence était trop forte! Une colère d’orgueil le saisit. Il se jura de n’avoir plus même un désir; et, comme un feuillage emporté par un ouragan, son amour disparut. Il en ressentit un soulagement, une joie stoïque, puis un besoin d’actions violentes; et il s’en alla au hasard par les rues.
Des hommes des faubourgs passaient, armés de fusils, de vieux sabres, quelques-uns portant des bonnets rouges, et tous chantant la Marseillaise ou les Girondins. Çà et là, un garde national se hâtait pour rejoindre sa mairie. Des tambours, au loin, résonnaient. On se battait à la porte Saint-Martin. Il y avait dans l’air quelque chose de gaillard et de belliqueux. Frédéric marchait toujours. L’agitation de la grande ville le rendait gai.
A la hauteur de Frascati, il aperçut les fenêtres de la Maréchale; une idée folle lui vint, une réaction de jeunesse. Il traversa le boulevard.
On fermait la porte cochère; et Delphine, la femme de chambre, en train d’écrire dessus avec un charbon: «Armes données», lui dit vivement:
«Ah! Madame est dans un bel état! Elle a renvoyé ce matin son groom qui l’insultait. Elle croit qu’on va piller partout! Elle crève de peur! d’autant plus que Monsieur est parti!
—Quel monsieur?
—Le Prince!»
Frédéric entra dans le boudoir. La Maréchale parut, en jupon, les cheveux sur le dos, bouleversée.
«Ah! merci! tu viens me sauver! c’est la seconde fois! tu n’en demandes jamais le prix, toi!
—Mille pardons!» dit Frédéric en lui saisissant la taille dans les deux mains.