—Bien!» dit M. Dambreuse.
Évidemment, il n’était pas dupe de cette manœuvre et même semblait la favoriser. Pourquoi? Mais bientôt Martinon reparut, et Frédéric entama son discours. Dès la seconde page, qui signalait comme une honte la prépondérance des intérêts pécuniaires, le banquier fit la grimace. Puis, abordant les réformes, Frédéric demandait la liberté du commerce.
«Comment...! mais permettez!»
L’autre n’entendait pas et continua. Il réclamait l’impôt sur la rente, l’impôt progressif, une fédération européenne, et l’instruction du peuple, des encouragements aux beaux-arts les plus larges.
«Quand le pays fournirait à des hommes comme Delacroix ou Hugo cent mille francs de rente, où serait le mal?»
Le tout finissait par des conseils aux classes supérieures.
«N’épargnez rien, ô riches! donnez! donnez!»
Il s’arrêta et resta debout. Ses deux auditeurs assis ne parlaient pas; Martinon écarquillait les yeux, M. Dambreuse était tout pâle. Enfin dissimulant son émotion sous un aigre sourire:
«C’est parfait, votre discours!» Et il en vanta beaucoup la forme, pour n’avoir pas à s’exprimer sur le fond.
Cette virulence de la part d’un jeune homme inoffensif l’effrayait, surtout comme symptôme. Martinon tâcha de le rassurer. Le parti conservateur, d’ici peu, prendrait sa revanche certainement; dans plusieurs villes on avait chassé les commissaires du gouvernement provisoire; les élections n’étaient fixées qu’au 23 avril, on avait du temps; bref, il fallait que M. Dambreuse lui-même se présentât dans l’Aube; et, dès lors, Martinon ne le quitta plus, devint son secrétaire et l’entoura de soins filiaux.