«Bien sûr?

—Certainement!»

Frédéric jura sa parole d’honneur qu’il n’avait jamais pensé à Mme Arnoux, étant trop amoureux d’une autre.

«De qui donc?

—Mais de vous, ma toute belle!

—Ah! ne te moque pas de moi! Tu m’agaces!»

Il jugea prudent d’inventer une histoire, une passion. Il trouva des détails circonstanciés. Cette personne, du reste, l’avait rendu fort malheureux.

«Décidément, tu n’as pas de chance! dit Rosanette.

—Oh! oh! peut-être!» voulant faire entendre par là plusieurs bonnes fortunes, afin de donner de lui meilleure opinion, de même que Rosanette n’avouait pas tous ses amants pour qu’il l’estimât davantage;—car, au milieu des confidences les plus intimes, il y a toujours des restrictions, par fausse honte, délicatesse, pitié. On découvre chez l’autre ou dans soi-même des précipices ou des fanges qui empêchent de poursuivre; on sent d’ailleurs que l’on ne serait pas compris; il est difficile d’exprimer exactement quoi que ce soit; aussi les unions complètes sont rares.

La pauvre Maréchale n’en avait jamais connu de meilleure. Souvent, quand elle considérait Frédéric, des larmes lui arrivaient aux paupières; puis elle levait les yeux ou les projetait vers l’horizon, comme si elle avait aperçu quelque grande aurore, des perspectives de félicité sans bornes. Enfin, un jour, elle avoua qu’elle souhaitait faire dire une messe, «pour que ça porte bonheur à notre amour».