Et il l’entraîna vers sa maison, en lui faisant beaucoup de questions à la fois.
L’ex-commissaire de Ledru-Rollin conta d’abord les tourments qu’il avait eus. Comme il prêchait la fraternité aux conservateurs et le respect des lois aux socialistes, les uns lui avaient tiré des coups de fusil, les autres apporté une corde pour le pendre. Après juin, on l’avait destitué brutalement. Il s’était jeté dans un complot, celui des armes saisies à Troyes. On l’avait relâché faute de preuves. Puis le comité d’action l’avait envoyé à Londres, où il s’était flanqué des gifles avec ses frères au milieu d’un banquet. De retour à Paris...
«Pourquoi n’es-tu pas venu chez moi?
—Tu étais toujours absent! Ton suisse avait des allures mystérieuses, je ne savais que penser, et puis je ne voulais pas reparaître en vaincu.»
Il avait frappé aux portes de la démocratie, s’offrant à la servir de sa plume, de sa parole, de ses démarches; partout on l’avait repoussé; on se méfiait de lui, et il avait vendu sa montre, sa bibliothèque, son linge.
«Mieux vaudrait crever sur les pontons de Belle-Isle, avec Sénécal!
Frédéric, qui arrangeait alors sa cravate, n’eut pas l’air très ému par cette nouvelle.
«Ah! il est déporté, ce bon Sénécal?»
Deslauriers répliqua, en parcourant les murailles d’un air envieux:
«Tout le monde n’a pas ta chance!