«Viens donc voir. Il ne remue plus.»
En effet, il était mort. Elle le prit, le secoua, l’étreignait en l’appelant des noms les plus doux, le couvrait de baisers et de sanglots, tournait sur elle-même éperdue, s’arrachait les cheveux, poussait des cris;—et se laissa tomber au bord du divan, où elle restait la bouche ouverte, avec un flot de larmes tombant de ses yeux fixes. Puis une torpeur la gagna, et tout devint tranquille dans l’appartement. Les meubles étaient renversés. Deux ou trois serviettes traînaient. Six heures sonnèrent. La veilleuse s’éteignit.
Frédéric, en regardant tout cela, croyait presque rêver. Son cœur se serrait d’angoisse. Il lui semblait que cette mort n’était qu’un commencement, et qu’il y avait par derrière un malheur plus considérable près de survenir.
Tout à coup Rosanette dit d’une voix tendre:
«Nous le conserverons, n’est-ce pas?»
Elle désirait le faire embaumer. Bien des raisons s’y opposaient. La meilleure, selon Frédéric, c’est que la chose était impraticable sur des enfants si jeunes. Un portrait valait mieux. Elle adopta cette idée. Il écrivit un mot à Pellerin, et Delphine courut le porter.
Pellerin arriva promptement, voulant effacer par ce zèle tout souvenir de sa conduite. Il dit d’abord:
«Pauvre petit ange! Ah! mon Dieu, quel malheur!»
Mais, peu à peu (l’artiste en lui l’emportant), il déclara qu’on ne pouvait rien faire avec ces yeux bistrés, cette face livide, que c’était une véritable nature morte, qu’il faudrait beaucoup de talent; et il murmurait:
«Oh! pas commode, pas commode!»