—Oui..., tiens..., parbleu! certainement.»
Dans la même semaine, il lui montra une lettre de sa mère.
Mme Moreau s’accusait d’avoir mal jugé M. Roque, lequel avait donné de sa conduite des explications satisfaisantes. Puis elle parlait de sa fortune et de la possibilité, pour plus tard, d’un mariage avec Louise.
«Ce ne serait peut-être pas bête!» dit Deslauriers.
Frédéric s’en rejeta loin; le père Roque, d’ailleurs, était un vieux filou. Cela n’y faisait rien, selon l’avocat.
A la fin de juillet, une baisse inexplicable fit tomber les actions du Nord. Frédéric n’avait pas vendu les siennes; il perdit d’un seul coup soixante mille francs. Ses revenus se trouvaient sensiblement diminués. Il devait ou restreindre sa dépense, ou prendre un état, ou faire un beau mariage.
Alors, Deslauriers lui reparla de Mlle Roque. Rien ne l’empêchait d’aller voir un peu les choses par lui-même. Frédéric était un peu fatigué; la province et la maison maternelle le délasseraient. Il partit.
L’aspect des rues de Nogent, qu’il monta sous le clair de la lune, le reporta dans de vieux souvenirs; et il éprouvait une sorte d’angoisse, comme ceux qui reviennent après de longs voyages.
Il y avait chez sa mère tous les habitués d’autrefois: MM. Gamblin, Heudras et Chambrion, la famille Lebrun, «ces demoiselles Auger»; de plus, le père Roque, et, en face de Mme Moreau, devant une table de jeu, Mlle Louise. C’était une femme à présent. Elle se leva en poussant un cri. Tous s’agitèrent. Elle était restée immobile, debout; et les quatre flambeaux d’argent posés sur la table augmentaient sa pâleur. Quand elle se remit à jouer, sa main tremblait. Cette émotion flatta démesurément Frédéric, dont l’orgueil était malade; il se dit: «Tu m’aimeras, toi!» et, prenant sa revanche des déboires qu’il avait essuyés là-bas, il se mit à faire le Parisien, le lion, donna des nouvelles des théâtres, rapporta des anecdotes du monde, puisées dans les petits journaux, enfin éblouit ses compatriotes.
Le lendemain, Mme Moreau s’étendit sur les qualités de Louise; puis elle énuméra les bois, les fermes qu’elle posséderait. La fortune de M. Roque était considérable.