Antoine a peur; il voudrait revenir en arrière. Cependant une curiosité inexprimable l’entraîne.
Au pied des cyprès, des femmes sont accroupies en ligne sur des peaux de cerf, toutes ayant pour diadème une tresse de cordes. Quelques-unes, magnifiquement habillées, appellent à haute voix les passants. De plus timides cachent leur figure sous leur bras, tandis que par derrière, une matrone, leur mère sans doute, les exhorte. D’autres, la tête enveloppée d’un châle noir et le corps entièrement nu, semblent de loin des statues de chair. Dès qu’un homme leur a jeté de l’argent sur les genoux, elles se lèvent.
Et on entend des baisers sous les feuillages, quelquefois un grand cri aigu.
HILARION.
Ce sont les vierges de Babylone qui se prostituent à la Déesse.
ANTOINE.
Quelle déesse?
HILARION.
La voilà!
Et il lui fait voir, tout au fond de l’avenue, sur le seuil d’une grotte illuminée, un bloc de pierre représentant l’organe sexuel d’une femme.