LE CATOBLEPAS
buffle noir, avec une tête de porc tombant jusqu’à terre, et rattachée à ses épaules par un cou mince, long et flasque comme un boyau vidé.
Il est vautré tout à plat, et ses pieds disparaissent sous l’énorme crinière à poils durs qui lui couvre le visage.
Gras, mélancolique, farouche, je reste perpétuellement à sentir contre mon ventre la chaleur de la boue, en abritant sous mon aisselle des pourritures infinies. Mon crâne est tellement lourd qu’il m’est impossible de le porter. Je le roule autour de moi, lentement;—et la mâchoire entr’ouverte, j’arrache avec ma langue les herbes vénéneuses arrosées de mon haleine. Une fois, je me suis dévoré les pattes sans m’en apercevoir.
Personne, Antoine, n’a jamais vu mes yeux, ou ceux qui les ont vus sont morts. Si je relevais mes paupières,—mes paupières roses et gonflées, tout de suite, tu mourrais.
ANTOINE.
Oh! celui-là!... a... a... Si j’allais avoir envie?... Sa stupidité m’attire. Non! non! je ne veux pas!
Il regarde par terre fixement.
Mais les herbes s’allument, et dans les torsions des flammes se dresse
LE BASILIC