Antoine en a jusqu’aux jarrets. Il marche dedans; il en hume les gouttelettes sur ses lèvres, et tressaille de joie à le sentir contre ses membres, sous sa tunique de poils, qui en est trempée.
La nuit vient. L’immense clameur s’apaise.
Les solitaires ont disparu.
Tout à coup, sur les galeries extérieures bordant les neuf étages du Phare, Antoine aperçoit de grosses lignes noires comme seraient des corbeaux arrêtés. Il y court, et il se trouve au sommet.
Un grand miroir de cuivre, tourné vers la haute mer, reflète les navires qui sont au large.
Antoine s’amuse à les regarder; et à mesure qu’il les regarde, leur nombre augmente.
Ils sont tassés dans un golfe ayant la forme d’un croissant. Par derrière, sur un promontoire, s’étale une ville neuve d’architecture romaine, avec des coupoles de pierre, des toits coniques, des marbres roses et bleus, et une profusion d’airain appliquée aux volutes des chapiteaux, à la crête des maisons, aux angles des corniches. Un bois de cyprès la domine. La couleur de la mer est plus verte, l’air plus froid. Sur les montagnes à l’horizon, il y a de la neige.
Antoine cherche sa route, quand un homme l’aborde et lui dit: «Venez! on vous attend!»
Il traverse un forum, entre dans une cour, se baisse sous une porte; et il arrive devant la façade du palais, décoré par un groupe en cire qui représente l’empereur Constantin terrassant un dragon. Une vasque de porphyre porte à son milieu une conque en or pleine de pistaches. Son guide lui dit qu’il peut en prendre. Il en prend.
Puis il est comme perdu dans une succession d’appartements.