Eh! ce n’est pas terrible! on s’y fait. Il me semble même...
Antoine s’arrête.
Va donc, lâche! va donc! Bien! bien! sur les bras, dans le dos, sur la poitrine, contre le ventre, partout! Sifflez, lanières, mordez-moi, arrachez-moi! Je voudrais que les gouttes de mon sang jaillissent jusqu’aux étoiles, fissent craquer mes os, découvrir mes nerfs! Des tenailles, des chevalets, du plomb fondu! Les martyrs en ont subi bien d’autres! n’est-ce pas, Ammonaria?
L’ombre des cornes du Diable reparaît.
J’aurais pu être attaché à la colonne près de la tienne, face à face, sous tes yeux, répondant à tes cris par mes soupirs! et nos douleurs se seraient confondues, nos âmes se seraient mêlées.
Il se flagelle avec furie.
Tiens, tiens! pour toi! encore!... Mais voilà qu’un chatouillement me parcourt. Quel supplice! quelles délices! ce sont comme des baisers. Ma moelle se fond! je meurs!
Et il voit en face de lui trois cavaliers montés sur des onagres, vêtus de robes vertes, tenant des lis à la main et se ressemblant tous de figure.
Antoine se retourne, et il voit trois autres cavaliers semblables, sur de pareils onagres, dans la même attitude.
Il recule. Alors les onagres, tous à la fois, font un pas et frottent leur museau contre lui, en essayant de mordre son vêtement. Des voix crient: «Par ici, par ici, c’est là!» Et des étendards paraissent entre les fentes de la montagne avec des têtes de chameau en licol de soie rouge, des mulets chargés de bagages, et des femmes couvertes de voiles jaunes, montées à califourchon sur des chevaux pies.