Les lions cabrés se mordent à la crinière. Le peuple hurle: «Aux bêtes! aux bêtes!»
Les martyrs, éclatant en sanglots, s’étreignent. Une coupe de vin narcotique leur est offerte. Ils se la passent de main en main, vivement.
Contre la porte de la loge, un autre belluaire attend le signal. Elle s’ouvre; un lion sort.
Il traverse l’arène, à grands pas obliques. Derrière lui, à la file, paraissent les autres lions, puis un ours, trois panthères, des léopards. Ils se dispersent comme un troupeau dans une prairie.
Le claquement d’un fouet retentit. Les chrétiens chancellent,—et, pour en finir, leurs frères les poussent. Antoine ferme les yeux.
Il les ouvre. Mais des ténèbres l’enveloppent.
Bientôt elles s’éclaircissent; et il distingue une plaine aride et mamelonneuse, comme on en voit autour des carrières abandonnées.
Çà et là, un bouquet d’arbustes se lève parmi des dalles à ras du sol; et des formes blanches, plus indécises que des nuages, sont penchées sur elles.
Il en arrive d’autres, légèrement. Des yeux brillent dans la fente des longs voiles. A la nonchalance de leurs pas et aux parfums qui s’exhalent, Antoine reconnaît des patriciennes. Il y a aussi des hommes, mais de condition inférieure, car ils ont des visages à la fois naïfs et grossiers.
UNE D’ELLES