—Montre-le!» dit Vitellius.
Le tétrarque n’obéit pas; les Juifs auraient connu son secret. Sa répugnance à ouvrir la rondelle impatientait Vitellius.
«Enfoncez-la!» cria-t-il aux licteurs.
Mannaëi avait deviné ce qui les occupait. Il crut, en voyant une hache, qu’on allait décapiter Iaokanann, et il arrêta le licteur au premier coup sur la plaque, insinua entre elle et les pavés une manière de crochet, puis, roidissant ses longs bras maigres, la souleva doucement, elle s’abattit; tous admirèrent la force de ce vieillard. Sous le couvercle doublé de bois, s’étendait une trappe de même dimension. D’un coup de poing, elle se replia en deux panneaux; on vit alors un trou, une fosse énorme que contournait un escalier sans rampe; et ceux qui se penchèrent sur le bord aperçurent au fond quelque chose de vague et d’effrayant.
Un être humain était couché par terre, sous de longs cheveux se confondant avec les poils de bête qui garnissaient son dos. Il se leva. Son front touchait à une grille horizontalement scellée; et, de temps à autre, il disparaissait dans les profondeurs de son antre.
Le soleil faisait briller la pointe des tiares, le pommeau des glaives, chauffait à outrance les dalles; et des colombes, s’envolant des frises, tournoyaient au-dessus de la cour. C’était l’heure où Mannaëi ordinairement leur jetait du grain. Il se tenait accroupi devant le tétrarque, qui était debout près de Vitellius. Les Galiléens, les prêtres, les soldats, formaient un cercle par derrière; tous se taisaient, dans l’angoisse de ce qui allait arriver.
Ce fut d’abord un grand soupir, poussé d’une voix caverneuse.
Hérodias l’entendit à l’autre bout du palais. Vaincue par une fascination, elle traversa la foule, et elle écoutait, une main sur l’épaule de Mannaëi, le corps incliné.
La voix s’éleva:
«Malheur à vous, Pharisiens et Sadducéens, race de vipères, outres gonflées, cimbales retentissantes!»