«Les ressorts de la vie nous sont cachés, les affections trop nombreuses, les remèdes problématiques,—et on ne découvre dans les auteurs aucune définition raisonnable de la santé, de la maladie, de la diathèse, ni même du pus!»
Cependant toutes ces lectures avaient ébranlé leur cervelle.
Bouvard, à l’occasion d’un rhume, se figura qu’il commençait une fluxion de poitrine. Des sangsues n’ayant pas affaibli le point de côté, il eut recours à un vésicatoire, dont l’action se porta sur les reins. Alors, il se crut attaqué de la pierre.
Pécuchet prit une courbature à l’élagage de la charmille et vomit après son dîner, ce qui l’effraya beaucoup; puis, observant qu’il avait le teint un peu jaune, suspecta une maladie de foie, se demandait:
«Ai-je des douleurs?»
Et finit par en avoir.
S’attristant mutuellement, ils regardaient leur langue, se tâtaient le pouls, changeaient d’eau minérale, se purgeaient,—et redoutaient le froid, la chaleur, le vent, la pluie, les mouches, principalement les courants d’air.
Pécuchet imagina que l’usage de la prise était funeste. D’ailleurs, un éternument occasionne parfois la rupture d’un anévrisme,—et il abandonna la tabatière. Par habitude, il y plongeait les doigts; puis, tout à coup, se rappelait son imprudence.
Comme le café noir secoue les nerfs, Bouvard voulut renoncer à la demi-tasse; mais il dormait après ses repas et avait peur en se réveillant, car le sommeil prolongé est une menace d’apoplexie.
Leur idéal était Cornaro, ce gentilhomme vénitien qui, à force de régime, atteignit une extrême vieillesse. Sans l’imiter absolument, on peut avoir les mêmes précautions, et Pécuchet tira de sa bibliothèque un Manuel d’hygiène, par le docteur Morin.