La majesté de la création leur causa un ébahissement infini comme elle.

Leur tête s’élargissait. Ils étaient fiers de réfléchir sur de si grands objets.

Les minéraux ne tardèrent pas à les fatiguer, et ils recoururent, comme distraction, aux Harmonies de Bernardin de Saint-Pierre.

Harmonies végétales et terrestres, aériennes, aquatiques, humaines, fraternelles et même conjugales, tout y passa, sans omettre les invocations à Vénus, aux Zéphyrs et aux Amours. Ils s’étonnaient que les poissons eussent des nageoires, les oiseaux des ailes, les semences une enveloppe; pleins de cette philosophie qui découvre dans la nature des intentions vertueuses et la considère comme une espèce de saint Vincent de Paul toujours occupé à répandre des bienfaits!

Ils admirèrent ensuite ses prodiges, les trombes, les volcans, les forêts vierges, et ils achetèrent l’ouvrage de M. Depping sur les Merveilles et Beautés de la nature en France. Le Cantal en possède trois, l’Hérault cinq, la Bourgogne deux, pas davantage, tandis que le Dauphiné compte à lui seul jusqu’à quinze merveilles. Mais bientôt on n’en trouvera plus. Les grottes à stalactites se bouchent, les montagnes ardentes s’éteignent, les glacières naturelles s’échauffent, et les vieux arbres dans lesquels on disait la messe tombent sous la cognée des niveleurs ou sont en train de mourir.

Puis leur curiosité se tourna vers les bêtes.

Ils rouvrirent leur Buffon et s’extasièrent devant les goûts bizarres de certains animaux.

Mais tous les livres ne valant pas une observation personnelle, ils entraient dans les cours et demandaient aux laboureurs s’ils avaient vu des taureaux se joindre à des juments, les cochons rechercher les vaches, et les mâles des perdrix commettre entre eux des turpitudes.

«Jamais de la vie.»

On trouvait même ces questions un peu drôles pour des messieurs de leur âge.