Pécuchet en fit un dessin, Bouvard la description, et ils envoyèrent le tout à Larsoneur.

Sa réponse fut immédiate.

«Victoire, mes chers confrères! Incontestablement c’est une cuve druidique.»

Toutefois, qu’ils y prissent garde! La hache était douteuse,—et autant pour lui que pour eux-mêmes, il leur indiquait une série d’ouvrages à consulter.

Larsoneur confessait, en post-scriptum, son envie de connaître cette cuve, ce qui aurait lieu, à quelques jours, quand il ferait le voyage de la Bretagne.

Alors Bouvard et Pécuchet se plongèrent dans l’archéologie celtique.

D’après cette science, les anciens Gaulois, nos aïeux, adoraient Kirk et Kron, Taranis, Ésus, Nétalemnia, le Ciel et la Terre, le Vent, les Eaux,—et, par-dessus tout, le grand Teutatès, qui est le Saturne des païens.—Car Saturne, quand il régnait en Phénicie, épousa une nymphe nommée Anobret, dont il eut un enfant appelé Jeüd,—et Anobret a les traits de Sara; Jeüd fut sacrifié (ou près de l’être) comme Isaac;—donc Saturne est Abraham, d’où il faut conclure que la religion des Gaulois avait les mêmes principes que celle des Juifs.

Leur société était fort bien organisée. La première classe de personnes comprenait le peuple, la noblesse et le roi, la deuxième les jurisconsultes,—et, dans la troisième, la plus haute, se rangeaient, suivant Taillepied, «les diverses manières de philosophes», c’est-à-dire les Druides ou Saronides, eux-mêmes divisés en Eubages, Bardes et Vates.

Les uns prophétisaient, les autres chantaient, d’autres enseignaient la Botanique, la Médecine, l’Histoire et la Littérature, bref, «tous les arts de leur époque». Pythagore et Platon furent leurs élèves. Ils apprirent la métaphysique aux Grecs, la sorcellerie aux Persans, l’aruspicine aux Étrusques,—et, aux Romains, l’étamage du cuivre et le commerce des jambons.

Mais de ce peuple, qui dominait l’ancien monde, il ne reste que des pierres, soit toutes seules, ou par groupes de trois, ou disposées en galeries, ou formant des enceintes.