Pécuchet surtout fut ébahi par Génin. Comment? des z’annetons vaudrait mieux que des hannetons, des z’aricots que des haricots,—et, sous Louis XIV, on prononçait Roume et monsieur de Lioune pour Rome et monsieur de Lionne!

Littré leur porta le coup de grâce en affirmant que jamais il n’y eut d’orthographe positive et qu’il ne saurait y en avoir.

Ils en conclurent que la syntaxe est une fantaisie et la grammaire une illusion.

En ce temps-là, d’ailleurs, une rhétorique nouvelle annonçait qu’il faut écrire comme on parle et que tout sera bien, pourvu qu’on ait senti, observé.

Comme ils avaient senti et croyaient avoir observé, ils se jugèrent capables d’écrire: une pièce est gênante par l’étroitesse du cadre, mais le roman a plus de libertés. Pour en faire un, ils cherchèrent dans leurs souvenirs.

Pécuchet se rappela un de ses chefs de bureau, un très vilain monsieur, et il ambitionnait de s’en venger par un livre.

Bouvard avait connu, à l’estaminet, un vieux maître d’écriture ivrogne et misérable. Rien ne serait drôle comme ce personnage.

Au bout de la semaine, ils imaginèrent de fondre ces deux sujets en un seul,—en demeurèrent là, passèrent aux suivants:—une femme qui cause le malheur d’une famille,—une femme, son mari et son amant,—une femme qui serait vertueuse par défaut de conformation, un ambitieux, un mauvais prêtre.

Ils tâchaient de relier à ces conceptions incertaines des choses fournies par leur mémoire, retranchaient, ajoutaient.

Pécuchet était pour le sentiment et l’idée, Bouvard pour l’image et la couleur,—et ils commençaient à ne plus s’entendre, chacun s’étonnant que l’autre fût si borné.