Les fabriques chômaient. Des pauvres, par bandes nombreuses, erraient dans la campagne.

Un dimanche (c’était dans les premiers jours de juin), un gendarme, tout à coup, partit vers Falaise. Les ouvriers d’Acqueville, Liffard, Pierre-Pont et Saint-Rémy marchaient sur Chavignolles.

Les auvents se fermèrent, le conseil municipal s’assembla et résolut, pour prévenir des malheurs, qu’on ne ferait aucune résistance. La gendarmerie fut même consignée, avec l’injonction de ne pas se montrer.

Bientôt on entendit comme un grondement d’orage. Puis le chant des Girondins ébranla les carreaux;—et des hommes, bras dessus bras dessous, débouchèrent par la route de Caen, poudreux, en sueur, dépenaillés. Ils emplissaient la place. Un grand brouhaha s’élevait.

Gorju et deux de ses compagnons entrèrent dans la salle. L’un était maigre et à figure chafouine, avec un gilet de tricot dont les rosettes pendaient. L’autre, noir de charbon,—un mécanicien sans doute,—avait les cheveux en brosse, de gros sourcils et des savates de lisière. Gorju, comme un hussard, portait sa veste sur l’épaule.

Tous les trois restaient debout, et les conseillers, siégeant autour de la table couverte d’un tapis bleu, les regardaient blêmes d’angoisse.

«Citoyens! dit Gorju, il nous faut de l’ouvrage!»

Le maire tremblait; la voix lui manqua.

Marescot répondit, à sa place, que le conseil aviserait immédiatement;—et, les compagnons étant sortis, on discuta plusieurs idées.

La première fut de tirer du caillou.