«Et de l’Auguste Comte: les prêtres éduqueront la jeunesse, dirigeront toutes les œuvres de l’esprit et engageront le pouvoir à régler la procréation.»
Ces documents affligèrent Pécuchet. Le soir, au dîner, il répliqua:
«Qu’il y ait, chez les utopistes, des choses ridicules, j’en conviens; cependant ils méritent notre amour. La hideur du monde les désolait, et, pour le rendre plus beau, ils ont tout souffert. Rappelle-toi Morus décapité, Campanella mis sept fois à la torture, Buonarotti avec une chaîne autour du cou, Saint-Simon crevant de misère, bien d’autres. Ils auraient pu vivre tranquilles; mais non! ils ont marché dans leur voie, la tête au ciel, comme des héros.
—Crois-tu que le monde, reprit Bouvard, changera, grâce aux théories d’un monsieur?
—Qu’importe! dit Pécuchet, il est temps de ne plus croupir dans l’égoïsme! Cherchons le meilleur système!
—Alors, tu comptes le trouver?
—Certainement!
—Toi?»
Et, dans le rire dont Bouvard fut pris, ses épaules et son ventre sautaient d’accord. Plus rouge que les confitures, avec sa serviette sous l’aisselle, il répétait:
«Ah! ah! ah!» d’une façon irritante.