«Soyons philosophes, dit Pécuchet, un peu moins d’argent, les intrigues d’une femme, la maladresse d’un domestique, qu’est-ce que tout cela? Tu es trop plongé dans la matière!

—Mais quand elle me gêne, dit Bouvard.

—Moi, je ne l’admets pas!» repartit Pécuchet.

Il avait lu dernièrement une analyse de Berkeley et ajouta:

«Je nie l’étendue, le temps, l’espace, voire la substance! car la vraie substance, c’est l’esprit percevant les qualités.

—Parfait, dit Bouvard; mais le monde supprimé, les preuves manqueront pour l’existence de Dieu.»

Pécuchet se récria, et longuement, bien qu’il eût un rhume de cerveau, causé par l’iodure de potassium,—et une fièvre permanente contribuait à son exaltation. Bouvard, s’en inquiétant, fit venir le médecin.

Vaucorbeil ordonna du sirop d’orange avec l’iodure, et pour plus tard des bains de cinabre.

«A quoi bon? reprit Pécuchet. Un jour ou l’autre la forme s’en ira. L’essence ne périt pas!

—Sans doute, dit le médecin, la matière est indestructible! Cependant...