La certitude que rien n’existe (si déplorable qu’elle soit) n’en est pas moins une certitude. Peu de gens sont capables de l’avoir. Cette transcendance leur inspira de l’orgueil, et ils auraient voulu l’étaler: une occasion s’offrit.
Un matin, en allant chercher du tabac, ils virent un attroupement devant la porte de Langlois. On entourait la gondole de Falaise, et il était question de Touache, un galérien qui vagabondait dans le pays. Le conducteur l’avait rencontré à la Croix-Verte entre deux gendarmes, et les Chavignollais exhalèrent un soupir de délivrance.
Girbal et le capitaine restèrent sur la place; puis arriva le juge de paix, curieux d’avoir des renseignements, et M. Marescot en toque de velours et pantoufles de basane.
Langlois les invita à honorer sa boutique de leur présence. Ils seraient plus à leur aise, et, malgré les chalands et le bruit de la sonnette, ces messieurs continuèrent à discuter les forfaits de Touache.
«Mon Dieu! dit Bouvard, il avait de mauvais instincts, voilà tout!
—On en triomphe par la vertu, répliqua le notaire.
—Mais si on n’a pas de vertu?»
Et Bouvard nia positivement le libre arbitre.
«Cependant, dit le capitaine, je peux faire ce que je veux! je suis libre, par exemple, de remuer la jambe.
—Non, monsieur, car vous avez un motif pour la remuer!»