Les paroissiens, à la sortie, échangèrent des félicitations. Quelques-uns pleuraient. Mme de Faverges, en attendant sa voiture, se tourna vers Bouvard et Pécuchet, et présenta son futur gendre: «M. le baron de Mahurot, ingénieur!» Le comte se plaignait de ne pas les voir. Il serait revenu la semaine prochaine.—«Notez-le! je vous prie.» La calèche étant arrivée, les dames du château partirent, et la foule se dispersa.
Ils trouvèrent dans leur cour un paquet au milieu de l’herbe. Le facteur, comme la maison était close, l’avait jeté par-dessus le mur. C’était l’ouvrage que Barberou avait promis: Examen du Christianisme, par Louis Hervieu, ancien élève de l’École normale. Pécuchet le repoussa. Bouvard ne désirait pas le connaître.
On lui avait répété que le sacrement le transformerait: durant plusieurs jours, il guetta des floraisons dans sa conscience. Il était toujours le même, et un étonnement douloureux le saisit.
Comment! la chair de Dieu se mêle à notre chair et elle n’y cause rien! La pensée qui gouverne les mondes n’éclaire pas notre esprit! Le suprême pouvoir nous abandonne à l’impuissance!
M. Jeufroy, en le rassurant, lui ordonna le Catéchisme de l’abbé Gaume.
Au contraire, la dévotion de Pécuchet s’était développée. Il aurait voulu communier sous les deux espèces, chantait des psaumes en se promenant dans le corridor, arrêtait les Chavignollais pour discuter et les convertir. Vaucorbeil lui rit au nez, Girbal haussa les épaules et le capitaine l’appela Tartufe. On trouvait maintenant qu’ils allaient trop loin.
Une excellente habitude, c’est d’envisager les choses comme autant de symboles. Si le tonnerre gronde, figurez-vous le jugement dernier; devant un ciel sans nuages, pensez au séjour des bienheureux; dites-vous dans vos promenades que chaque pas vous rapproche de la mort. Pécuchet observa cette méthode. Quand il prenait ses habits, il songeait à l’enveloppe charnelle dont la seconde personne de la Trinité s’est revêtue. Le tic-tac de l’horloge lui rappelait les battements de son cœur, une piqûre d’épingle les clous de la croix; mais il eut beau se tenir à genoux, pendant des heures, et multiplier les jeûnes, et se pressurer l’imagination, le détachement de soi-même ne se faisait pas; impossible d’atteindre à la contemplation parfaite.
Il recourut à des auteurs mystiques: sainte Thérèse, Jean de la Croix, Louis de Grenade, Simpoli, et de plus modernes, monseigneur Chaillot. Au lieu des sublimités qu’il attendait, il ne rencontra que des platitudes, un style très lâche, de froides images et force comparaisons tirées de la boutique des lapidaires.
Il apprit cependant qu’il y a une purgation active et une purgation passive, une vision interne et une vision externe, quatre espèces d’oraisons, neuf excellences dans l’amour, six degrés dans l’humilité, et que la blessure de l’âme ne diffère pas beaucoup du vol spirituel.
Des points l’embarrassaient.