C’est pourtant toujours la même chose, dit Leporello.—Eh! non, ce n’est jamais la même chose! Autant de femmes et autant d’envies, de jouissances et d’amertumes différentes.
Que le vulgarisme de Leporello fasse ressortir le supériorisme de don Juan et le pose objectivement en montrant la différence, et pourtant il n’y a de différence que dans l’intensité!
Envie des autres hommes. Vouloir être tout ce que les femmes regardent.—Avoir toute beauté, etc.—Vous avez pourtant bien des femmes.—Qu’est-ce que ça me fait? Le grand nombre de maîtresses, qu’est-ce que c’est comparativement au reste? Combien m’ignorent et pour lesquelles je n’aurai jamais rien été!
Deux espèces d’amour. Celui qui attire à soi, qui pompe, où l’individualisme et les sens prédominent (pas toute espèce de volupté, pourtant). A celui-là appartient la jalousie. Le second, c’est l’amour qui vous tire hors de soi. Il est plus large, plus navrant, plus doux. Il a des effluves à la place où l’autre a des âcretés rentrantes. Don Juan a éprouvé les deux quelquefois à propos de la même femme. Il y a des femmes qui portent au premier, d’autres qui provoquent le second, quelquefois tout à la fois. Cela aussi dépend des moments, des hasards et des dispositions.
Don Juan est las et finit par avoir l’envie de crever qui vous prend quand on a trop pensé, sans solution.
On entend la cloche des morts. En voilà un pour qui tout est fini. Qu’est-ce donc?
Et ils levèrent la tête.
XLI
II
Don Juan escalade le mur et voit Anna Maria couchée.—Tableau.—Longue contemplation,—désir,—souvenir.—Elle se réveille. D’abord quelques mots entrecoupés comme faisant suite à sa pensée. Elle n’a pas peur de lui (le moins heurté possible, sans qu’on puisse distinguer le fantastique du réel).