«Aucun!» répliqua Foureau. D’ailleurs il avait le droit, comme maire, de confier à qui bon lui semblait les enfants abandonnés,—et, après une longue hésitation: «Eh bien, oui! prenez-les! ça le fera bisquer.»

Bouvard et Pécuchet les emmenèrent.

En rentrant chez eux, ils trouvèrent au bas de l’escalier, sous la madone, Marcel à genoux, et qui priait avec ferveur. La tête renversée, les yeux demi-clos, et dilatant son bec-de-lièvre, il avait l’air d’un fakir en extase.

«Quelle brute! dit Bouvard.

—Pourquoi? Il assiste peut-être à des choses que tu lui jalouserais, si tu pouvais les voir. N’y a-t-il pas deux mondes tout à fait distincts? L’objet d’un raisonnement a moins de valeur que la manière de raisonner. Qu’importe la croyance! Le principal est de croire.»

Telles furent, à la remarque de Bouvard, les objections de Pécuchet.


X

Ils se procurèrent plusieurs ouvrages touchant l’éducation, et leur système fut résolu. Il fallait bannir toute idée métaphysique, et, d’après la méthode expérimentale, suivre le développement de la nature. Rien ne pressait, les deux élèves devant oublier ce qu’ils avaient appris.

Bien qu’ils eussent un tempérament solide, Pécuchet voulait comme un Spartiate les endurcir encore, les accoutumer à la faim, à la soif, aux intempéries, et même qu’ils portassent des chaussures trouées afin de prévenir les rhumes. Bouvard s’y opposa.