La Légende de saint Julien l’Hospitalier nous montre les aventures miraculeuses du saint, comme le ferait un vieux vitrail d’église d’une naïveté savante et colorée.
Hérodias nous dit l’accident tragique de la décollation de saint Jean-Baptiste.
Gustave Flaubert avait encore plusieurs sujets de nouvelles et de romans.
Il comptait écrire d’abord le Combat des Thermopyles et il devait accomplir un voyage en Grèce au XLV commencement de l’année 1882 pour voir le paysage réel de cette lutte surhumaine.
Il voulait faire de cela une sorte de récit patriotique simple et terrible, qu’on pourrait lire aux enfants de tous les peuples pour leur apprendre l’amour du pays.
Il voulait montrer les âmes vaillantes, les cœurs magnanimes et les corps vigoureux de ces héros symboliques, et, sans employer un mot technique, ni un terme ancien, dire cette bataille immortelle qui n’appartient pas à l’histoire d’une nation, mais à l’histoire du monde. Il se réjouissait à l’idée d’écrire en termes sonores les adieux de ces guerriers recommandant à leurs femmes, s’ils mouraient dans la rencontre, d’épouser vite des hommes robustes pour donner de nouveaux fils à la patrie. La pensée seule de ce conte héroïque jetait Flaubert dans un enthousiasme violent.
Il songeait encore à une sorte de Matrone d’Éphèse moderne, ayant été séduit par un sujet que lui avait raconté Tourguéneff.
Enfin, il méditait un grand roman sur le second Empire, où on aurait vu le mélange et le contact des civilisations orientale et occidentale, le rapprochement de ces Grecs de Constantinople, venus à Paris si nombreux pendant le règne de Napoléon et jouant un rôle important dans la société parisienne, avec le monde factice et raffiné de la France impériale.
Deux personnages principaux l’attiraient, l’homme et la femme, un ménage parisien, astucieux avec naïveté, ambitieux et corrompu. L’homme, fonctionnaire supérieur, XLVI rêvait d’une haute fortune qu’il atteignait lentement, et, avec une rouerie égoïste et naturelle, il faisait servir sa femme, fort jolie et intrigante, à ses projets.
Malgré les efforts de toute nature de sa compagne, ses désirs n’étaient point satisfaits à son gré. Alors, après de longues années de tentatives, ils reconnaissaient tous deux la vanité de leurs espérances et finissaient leur vie en honnêtes gens déçus, d’une façon tranquille et résignée.