Tout à coup, avec un bruit d’obus, l’alambic éclata en vingt morceaux qui bondirent jusqu’au plafond, crevant les marmites, aplatissant les écumoires, fracassant les verres; le charbon s’éparpilla, le fourneau fut démoli,—et le lendemain, Germaine retrouva une spatule dans la cour.

La force de la vapeur avait rompu l’instrument, d’autant que la cucurbite se trouvait boulonnée au chapiteau.

Pécuchet, tout de suite, s’était accroupi derrière la cuve, et Bouvard comme écroulé sur un tabouret. Pendant dix minutes ils demeurèrent dans cette posture, n’osant se permettre un seul mouvement, pâles de terreur, au milieu des tessons. Quand ils purent recouvrer la parole, ils se demandèrent quelle était la cause de tant d’infortunes, de la dernière surtout? et ils n’y comprenaient rien, sinon qu’ils avaient manqué périr. Pécuchet termina par ces mots:

«C’est que, peut-être, nous ne savons pas la chimie!»


III

Pour savoir la chimie, ils se procurèrent le cours de Regnault et apprirent d’abord que les corps simples sont peut-être composés.

On les distingue en métalloïdes et en métaux,—différence qui n’a rien d’absolu, dit l’auteur. De même pour les acides et les bases, un corps pouvant se comporter à la manière des acides ou des bases, suivant les circonstances.

La notation leur parut baroque.—Les proportions multiples troublèrent Pécuchet.

«Puisqu’une molécule de A, je suppose, se combine avec plusieurs parties de B, il me semble que cette molécule doit se diviser en autant de parties; mais, si elle se divise, elle cesse d’être l’unité, la molécule primordiale. Enfin, je ne comprends pas.