Quel triste monde!
SCÈNE X.
Les Précédents, KLOEKHER.
KLOEKHER, à Letourneux.
Venez-vous? Allons, les hommes sérieux, il y a là des tapis verts qui vous réclament! Un whist? (Tous disparaissent par le fond.)
SCÈNE XI.
PAUL, seul.
Dès que Paul est resté seul, du côté droit, entre les cariatides, débouche le roi des gnomes, dans le costume du bourgeois cossu du cabaret. Avec un geste emphatique, il lui montre le bal et toutes les splendeurs qui l’entourent. Mme Kloekher passe au fond, sous l’arcade du milieu; il la désigne de son bras allongé, fait ensuite le geste de quelqu’un qui applaudit des deux mains, remonte la scène, et s’en va lentement.
PAUL, remontant la scène vers lui.
L’homme du cabaret! (La reine des fées débouche par le côté gauche en costume de fée et fixe sur le roi des gnomes un long regard.) L’autre! l’autre! (Tous les deux disparaissent.) Suis-je donc fou?... Ces illusions de l’autre jour qui me reprennent, c’est étrange!... Cela vient sans doute... du trouble, de l’enchantement où elle me plonge, quels yeux!... quel sourire!... Se jouerait-elle de moi? Mais tout à l’heure sa main frémissait sur mon bras, ses regards m’enveloppaient de leurs caresses, son cœur battait. Elle m’aime! (Le candélabre près duquel il se trouve s’est éteint.) Qu’est-ce donc? la nuit? Eh! non, rien que cela! (Il se met à marcher.) Et c’est moi! moi qu’elle a distingué parmi tous ces hommes, entre les illustres, les riches et les beaux! Je suis donc plus fort qu’eux tous, je les domine, et me voilà presque le roi de ce monde où hier encore je luttais, perdu dans la foule des derniers. Ah! quelle félicité! comme ces fleurs embaument! (Il se penche sur une des jardinières, les fleurs se fanent.) Mortes! (Deux candélabres s’éteignent.) Et l’obscurité redouble! (Au lieu d’un bruit de clochette qui accentuait la mesure dans la contredanse, on entend une cloche funèbre.) Ces sons! le glas d’un enterrement. J’ai peur! (Il regarde au fond.) Cependant les flambeaux resplendissent, les danses tourbillonnent. Eh! c’est la clochette qui tinte dans les quadrilles. Qu’avais-je donc? Elle va revenir!... oui!... là! et, fendant pas à pas les flots du bal, j’écouterai d’un air indifférent ses paroles charmantes murmurées à mon oreille. Toutes ces choses qui lui appartiennent ont l’air de sourire, c’est comme si son âme flottait autour de moi. Où est-elle? Je veux la retrouver, la revoir. (Il remonte la scène.)