JEANNE.
Mais c’est par ta faute qu’il se trouve là, et que je l’ai perdu encore une fois!
LE ROI.
Par la tienne!
JEANNE.
Ah! non content de m’avoir trompée...!
LE ROI.
Je ne t’ai pas trompée! Je puis te donner tout ce que tu demandes, mais il m’est impossible d’agir sur tes sentiments comme sur les siens; choisis mieux! A ta première réquisition, je t’ai accordé les élégances du monde et les niaiseries qu’elles comportent; à la seconde, la simplicité bourgeoise avec son cortège de laideurs. De quoi te plains-tu? que te faut-il?
JEANNE, après un long silence.
Eh bien! je vais te le dire; car je l’ai deviné enfin, lorsqu’au milieu de la populace qui l’enchaînait, le rêve de son cœur a jailli dans une explosion d’orgueil! Ce que je veux? Écoute: c’est un pouvoir tellement démesuré qu’il l’éblouisse! Je demande des palais de basalte avec des escaliers de diamant, et à le faire asseoir auprès de moi sur un trône d’or, pour qu’il contemple de plus haut toutes les têtes de mes peuples esclaves prosternés dans la poussière!