PAUL, d’un ton terrible, aux gnomes qui se sont resserrés autour de lui.

Pas encore, tant que cette épée...

LE ROI DES GNOMES.

Tire-la donc!

Paul, déjà la main sur la garde de son épée, est paralysé tout à coup. Ses bras et ses jambes conservent l’attitude qu’il avait prise dans ce mouvement. Il devient rigide et blanc comme une statue, pendant que le roi, du haut de son balcon, prend son sceptre d’or. La bague reluit à sa main de marbre.

LE ROI DES GNOMES.

Nous t’avons fait des épaules assez solides pour porter les destinées du monde. Qu’en dis-tu? Garde comme un remords le souvenir du passé. Demeure perpétuellement dans l’impuissance de ta menace. Tes yeux sans prunelles auront le don de nous voir et tes oreilles celui de nous entendre, quand tu seras transporté dans la salle de nos festins; car sous ton apparence insensible tu vivras, pour souffrir ton supplice éternel.

Tous les gnomes, se prenant par la main avec des éclats de rire et aux sons d’une musique infernale, font une grande ronde autour de la statue immobile.

NEUVIÈME TABLEAU
LE GRAND BANQUET

Une salle à manger monumentale. Des lampes brillent, tenues à de très longues cordes, comme dans les églises. Sur les deux côtés, de distance en distance, il y a des colonnes de fer à chapiteau corinthien reliées entre elles par de grosses chaînes où sont suspendus des cœurs tout rouges. Au fond et occupant la largeur entière de la scène, un escalier à marches noires monte vers une galerie où se répète le même alignement de colonnes; mais celles-là sans chaînes ni cœurs, avec des palmettes d’améthyste dans leurs chapiteaux et laissant voir la nuit par les intervalles de l’une à l’autre. Au milieu, à une table couverte de vaisselle d’or, et dont la nappe est de pourpre à franges d’or, siègent douze gnomes de premier rang, six d’un côté, six de l’autre, tous portant au front des couronnes d’or. Le roi, sur un trône plus élevé et faisant face au spectateur, est au haut bout de la table, avec une couronne plus haute et ornée tout autour de petits cœurs en diamants.—Sur le premier plan, à gauche, Paul, changé en statue de marbre blanc et dans le costume qu’il portait à l’avant-dernier tableau, garde son attitude immobile.