—Vous êtes un brave homme, dit le roi en soupirant, vos paroles m’ont touché. Eh bien, craignez-vous quelque chose pour cet enfant? Eh, mon Dieu, nous avons assez de richesses pour le contenter; pourquoi voulez-vous le reprendre? Soyez tranquille, Osmond, un roi sait garder quelque chose de précieux, et la preuve c’est que lorsqu’on lui prend sa couronne on lui arrache quelquefois la tête avec, tellement il y tient.
Osmond sortit sans rien dire.
—Qu’ai-je appris, dit Osmond en entrant chez le roi, le lendemain matin, Richard est malade?
—Mais oui.
—Qu’a-t-il?
—Rien... Tenez, je vais vous le dire, je veux garder le duc auprès de moi, je l’aurai. Il est temps de cesser cet inutile carnaval; dans une heure huit mille hommes sont aux portes de Rouen, j’ai envoyé Arnould vers Bernard, général des troupes de Normandie. Quant à vous, messire Osmond, qui voulez faire la leçon à l’homme roi comme au duc enfant, vous êtes libre maintenant, mais ce soir, au clair de lune, les vautours auront un cadavre de plus aux chasses du gibet... Allez maintenant, le masque est jeté, montrez-le au peuple.
Suivons un instant le vieux guerrier insulté, qui descend en courant le grand escalier. Il s’enfonça dans les rues tortueuses de la basse vieille tour. Sur la place Saint-Marc il rencontra Jehan de Montivilliers.
—Bien, dit-il, je te cherchais, j’ai de grandes nouvelles à t’annoncer. Eh bien, mes seigneurs, savez-vous une chose?
—Laquelle? dirent-ils avec empressement.
—Nous sommes dans une ville assiégée.