Je montai donc à sa chambre. Il y avait deux femmes qui venaient d’ordinaire demander l’aumône à la porte du château, elles tenaient quelque chose de lourd dans leurs bras, qu’elles entouraient d’un drap blanc... C’était elle!
On m’a souvent demandé depuis pourquoi j’étais triste.
III
C’était elle! ma sœur! morte! sans souffle!
La nuit arriva bientôt, oh! qu’elle fut longue et amère!
Les deux femmes, vêtues de noir, remirent le corps dans le lit de ma sœur, elles jetèrent dessus des fleurs et de l’eau bénite, puis, lorsque le soleil eut fini de jeter dans l’appartement sa lueur rougeâtre et terne comme le regard d’un cadavre, quand le jour eut disparu de dessus les vitres, elles allumèrent deux petites bougies qui étaient sur la table de nuit, s’agenouillèrent et me dirent de prier comme elles.
Je priai, oh! bien fort, le plus qu’il m’était possible! mais rien... Lélia ne remuait pas!
Je fus longtemps ainsi agenouillé, la tête sur les draps du lit froids et humides, je pleurais, mais bas et sans angoisses; il me semblait qu’en pensant, en pleurant, en me déchirant l’âme avec des prières et des vœux, j’obtiendrais un souffle, un regard, un geste de ce corps aux formes indécises et dont on ne distinguait rien si ce n’est, à une place, une forme ronde qui devait être la tête, et plus bas une autre qui semblait être les pieds. Je croyais, moi, pauvre naïf enfant, je croyais que la prière pouvait rendre la vie à un cadavre, tant j’avais de foi et de candeur!
Oh! on ne sait ce qu’a d’amer et de sombre une nuit ainsi passée à prier sur un cadavre, à pleurer, à vouloir faire renaître le néant! On ne sait tout ce qu’il y a de hideux et d’horrible dans une nuit de larmes et de sanglots, à la lueur de deux cierges mortuaires, entouré de deux femmes aux chants monotones, aux larmes vénales, aux grotesques psalmodies! On ne sait enfin tout ce que cette scène de désespoir et de deuil vous remplit le cœur: enfant, de tristesse et d’amertume; jeune homme, de scepticisme; vieillard, de désespoir!
Le jour arriva.