Dieu est donc méchant? moi qui le bénissais!

SATAN.

Tu ne peux savoir si son œuvre est bonne ou mauvaise, car tu n’as pas vécu, tu es à peine un enfant sorti de ses langes et de sa crédulité. Oui, celui qui a fait tout cela est peut-être le démon de quelque enfer perdu, plus grand que celui qui hurle maintenant, et la création elle-même n’est peut-être qu’un vaste enfer dont il est le Dieu, et où tout est puni de vivre.

SMARH.

Oh! mon Dieu! mon Dieu! j’aimais à croire, à rêver à ton paradis, aux joies promises; j’aimais à te prier, j’aimais à t’aimer; cette foi me remplissait l’âme, et maintenant j’ai l’âme vide, plus vide et plus déserte que les gouffres perdus dans l’immensité qui m’enveloppe. J’aimais à voir les roses où ta rosée déposait des larmes qui tombaient avec les parfums qu’elles contiennent, j’aimais à les cueillir, à me plonger dans le nuage d’encens... à répandre des fleurs sur ton autel.

SATAN.

Va, les fleurs les plus belles sont celles qui croissent sur les tombes; elles rendent hommage à la majesté du néant, elles parfument les charognes sous les couvercles de leurs pierres.

SMARH.

Je pensais que tout était grand, insensé que j’étais! sot que j’étais dans mon cœur! ce bonheur était celui de la brute. Le bonheur est donc pour l’ignorance; maintenant que je sais, je vois qu’il n’y a rien, et cependant j’ai peur. C’est donc le mal qui a créé toutes ces beautés, c’est l’enfer qui a fait toutes ces choses? Oh! non, non, j’aime encore, j’ai en moi l’amour qui gonfle ma poitrine. Cependant celui qui me conduit jusqu’ici est fort et vrai, sans cela l’aurait-il pu?

SATAN.