Ah! ah! ah!
LE PAUVRE.
Ne ris pas, par Dieu! mais écoute donc. Personne ne m’a aimé, ni homme, ni femme, ni chien, car, un jour, il y en a un qui est venu vers moi, mais, comme je ne pouvais le nourrir, il m’a mordu, et s’en est allé. Cependant, une fois, je ne sais dans quel village, j’étais parvenu à ramasser un sac d’argent en travaillant à la charpente de l’église, j’allais me marier, Marthe m’aimait; elle vint deux fois seule, le soir, sur le rivage, me dire qu’elle m’aimerait toujours, elle avait des fleurs dans ses cheveux, elle chantait; puis, je ne sais comment, elle n’a plus voulu de moi, un plus riche l’a prise.
YUK.
C’est ça, compère, les jeunes filles aiment les beaux cavaliers riches et les pourpoints de velours.
LE PAUVRE.
Ne me parlez pas des riches, encore une fois,—je les hais! Moi qui meurs de faim à la porte de leurs palais, j’ai dans le cœur des trésors de haine pour eux, et quand il fait froid, que j’ai faim, que je suis malheureux et misérable, je me nourris de cette haine, et cela me fait du bien.
SATAN, se logeant dans l’oreille du pauvre.
Celui-là (désignant Yuk) a une bourse sur lui;—tue-le, tu l’auras; on ne te verra pas, et, d’ailleurs, quand on te verrait... Tue-le, c’est un homme méchant. Pourquoi, quand tu lui contais tes maux, s’est-il mis à rire? C’est un riche au cœur dur.
Yuk se découvre et laisse voir un magnifique costume; une bourse garnie de diamants pend à sa ceinture.