Des princes de ses amis l'invitèrent à chasser. Il s'y refusa toujours, croyant, par cette sorte de pénitence, détourner son malheur; car il lui semblait que du meurtre des animaux dépendait le sort de ses parents. Mais il souffrait de ne pas les voir, et son autre envie devenait insupportable.
Sa femme, pour le récréer, fit venir des jongleurs et des danseuses.
Elle se promenait avec lui, en litière ouverte, dans la campagne; d'autres fois, étendus sur le bord d'une chaloupe, ils regardaient les poissons vagabonder dans l'eau, claire comme le ciel. Souvent elle lui jetait des fleurs au visage; accroupie devant ses pieds, elle tirait des airs d'une mandoline à trois cordes; puis, lui posant sur l'épaule ses deux mains jointes, disait d'une voix timide:—«Qu'avez-vous donc, cher seigneur?»
Il ne répondait pas, ou éclatait en sanglots; enfin, un jour, il avoua son horrible pensée.
Elle la combattit, en raisonnant très-bien: son père et sa mère, probablement, étaient morts; si jamais il les revoyait, par quel hasard, dans quel but, arriverait-il à cette abomination? Donc, sa crainte n'avait pas de cause, et il devait se remettre à chasser.
Julien souriait en l'écoutant, mais ne se décidait pas à satisfaire son désir.
Un soir du mois d'août qu'ils étaient dans leur chambre, elle venait de se coucher et il s'agenouillait pour sa prière quand il entendit le jappement d'un renard, puis des pas légers sous la fenêtre; et il entrevit dans l'ombre comme des apparences d'animaux. La tentation était trop forte. Il décrocha son carquois.
Elle parut surprise.
—«C'est pour t'obéir!» dit-il, «au lever du soleil, je serai revenu.»
Cependant elle redoutait une aventure funeste.