[15] L'Amérique que je viens de décrire est celle d'hier et d'aujourd'hui, mais ce ne sera sans doute pas celle de demain. Nous verrons dans un prochain chapitre que par suite de l'invasion récente d'un nombre immense d'éléments inférieurs non assimilables, elle est menacée d'une guerre civile gigantesque et d'une séparation en plusieurs Etats indépendants toujours en lutte comme ceux de l'Europe.

[16] « Le gouvernement mérovingien, écrit M. Fustel de Coulanges, est pour plus des trois quarts la continuation de celui que l'Empire romain avait donné à la Gaule... Rien n'est féodal dans le gouvernement des Mérovingiens. »

[17] Ces invasions étant la conséquence de certains phénomènes économiques sur lesquels nous ne pouvons rien, il est impossible de les empêcher. On pourrait cependant prendre certaines mesures qui permettraient au moins de les ralentir : service militaire obligatoire dans la légion étrangère pour tous les étrangers âgés de moins de vingt-cinq ans et ayant deux années de séjour ; taxe militaire pour ceux plus âgés ; suppression à peu près absolue de la naturalisation ; impôt du quart des revenus ou des salaires pour tous les individus d'origine étrangère,naturalisés ou non, établis en France depuis moins de cinquante ans. On pourrait considérer comme digne d'une statue, élevée par la patrie reconnaissante, le député qui aurait fait voter une telle loi.

[18] L'homme et les sociétés. Leurs origines et leur histoire, t. II Évolution des sociétés.

[19] « Le mal dont souffrait alors la société romaine, écrit M. Fustel de Coulanges, n'était pas la corruption des mœurs, c'était l'amollissement de la volonté et pour ainsi dire l'énervement du caractère. »

[20] Dans un discours prononcé à la Chambre des députés le 27 novembre 1890 par M. Etienne, sous-secrétaire d'Etat aux colonies, je relève le très caractéristique passage suivant que j'emprunte au journal le Siècle .

« La Cochinchine comprend 1,800,000 âmes ; dans ce total, on compte 1,600 Français dont 1,200 fonctionnaires. Elle est administrée par un conseil colonial élu par ces 1,200 fonctionnaires ; elle a un député. Et vous voulez que l'anarchie ne règne pas dans ce pays ! (Exclamations et rires sur un grand nombre de bancs.)

... Eh bien, savez-vous ce que produit un pareil système. Il produit ce phénomène que votre budget réduit à 22 millions est absorbé pour 9 millions par les dépenses des fonctionnaires.

Oui, en 1877, j'ai essayé de réduire les fonctionnaires ; je les ai réduits pour 3,500,000 francs sur 9 ; j'ai pris cette mesure au mois d'octobre. Or, au mois de décembre, le cabinet dont je faisais partie disparaissait, et, au mois de mars suivant, tous les fonctionnaires licenciés ont reparu. »

[21] Cet abaissement de la moralité est grave quand il s'observe dans des professions telles que la magistrature et le notariat, chez lesquelles la probité était jadis aussi générale que le courage chez les militaires. En ce qui concerne le notariat, la moralité est descendue aujourd'hui à un niveau fort bas. Les statisticiens officiels ont constaté « qu'il y a dans le notariat une proportion de 43 accusés sur 10,000 individus, alors que la moyenne pour l'ensemble de la population de la France est de un accusé pour le même nombre d'individus ». Dans un rapport du garde des sceaux au Président de la République, publié par l'Officiel le 31 janvier 1890, je trouve le passage suivant : « Les désastres qui, dès 1840, avaient commencé à jeter l'inquiétude dans le public, s'accrurent progressivement à ce point qu'en 1876 un de mes prédécesseurs dut appeler spécialement l'attention des magistrats du parquet sur la situation du notariat. Les destitutions et les catastrophes notariales se reproduisaient avec un caractère de gravité et de fréquence inaccoutumé. Le chiffre des sinistres s'élevait successivement de 31 en 1882 ; à 41 en 1883 ; à 54 en 1884 ; à 71 en 1886, et le total des détournements commis par les notaires représentait plus de 62 millions pour la période comprise en 1880 et 1886. En 1889, enfin, 103 notaires ont dû être destitués ou contraints de céder leur étude. » Si l'on rapproche de ces faits la chute successive de nos plus grandes entreprises financières (Comptoir d'escompte, Dépôts et comptes courants, Panama, etc.), il faut bien reconnaître que les invectives des socialistes contre la moralité des classes dirigeantes ne sont pas sans fondement. Les mêmes symptômes de démoralisation profonde s'observent malheureusement chez tous les peuples latins. Le scandale des banques d'Etat italiennes où le vol se pratiquait sur une immense échelle par les hommes politiques les plus haut placés, la faillite du Portugal, la misérable situation financière de l'Espagne et de l'Italie, la décadence profonde des républiques latines de l'Amérique, prouvent que le caractère et la moralité de certains peuples ont reçu d'incurables atteintes et que leur rôle dans le monde est bien près d'être terminé.