[133] Pour les personnes qui voudraient pousser plus loin l'étude du latin, je signalerai le volume de M. le professeur Bézard, déjà auteur d'un livre sur la méthode littéraire. Dans son nouvel ouvrage, Comment apprendre le latin, l'auteur, après avoir montré la pauvreté des méthodes actuelles, essaie d'unifier et de simplifier un peu cet enseignement.

Au risque de sembler paradoxal, j'ajouterai aux observations qui précèdent qu'il y aurait un grand intérêt psychologique à introduire le grec et le latin à la dose que j'ai dite—une heure environ par semaine—dans l'enseignement primaire. Ce serait le seul moyen de faire perdre à ces deux langues le prestige mystérieux qu'elles exercent encore dans l'esprit de la bourgeoisie actuelle. Quand l'on constatera que de jeunes maçons ou des apprentis cordonniers peuvent hardiment citer à propos une douzaine de citations latines, personne ne se figurera plus que la connaissance de quelques mots de cette langue confère une sorte de noblesse. Son prestige s'évanouira alors très vite. Ce sera comme si la plupart des ouvriers recevaient les palmes académiques en récompense de leurs services. Les classes dites dirigeantes n'en voudraient bientôt plus.

Je n'imagine pas assurément que des réformes aussi simples aient la moindre chance d'être jamais acceptées en France. Les grandes réformes imposées à coups de décrets seules nous tentent. Elles n'ont pourtant d'autres résultats que de produire des révolutions apparentes qui rendent impossible aucune évolution.

CHAPITRE IV

La question du baccalauréat et du certificat d'études.

§ 1.—LA RÉFORME DU BACCALAURÉAT.

Les résultats désastreux de l'enseignement classique ayant été reconnus par la presque totalité des universitaires qui ont déposé devant la Commission d'enquête, ces derniers se sont naturellement demandé comment y remédier.

Avec cette logique simpliste si répandue chez les Latins, ils ont vite découvert la cause secrète du mal, le bouc émissaire qu'il fallait charger des crimes d'Israël. Le coupable, c'était le baccalauréat! Et avec ce radicalisme énergique, produit nécessaire des raisonnements simplistes, le remède a été immédiatement signalé. Le baccalauréat étant la cause évidente de tout le mal, il n'y avait qu'à le supprimer. Sans perdre de temps, un projet de loi fut déposé dans ce sens au Sénat.

Supprimer est, bien entendu, une façon de parler. L'esprit latin n'hésite jamais à demander des réformes radicales, mais étant doté, de par son hérédité, d'un conservatisme extrêmement tenace, il concilie ces deux tendances contraires en se bornant à changer simplement les mots sans toucher aux choses.

L'infortuné baccalauréat a suscité un intéressant exemple de cette mentalité spéciale. Après avoir proposé de le supprimer, on propose immédiatement,—et cela dans le même projet de loi,—de le rétablir sous un autre nom. Il ne s'appellera plus baccalauréat, il s'appellera certificat d'études, à l'imitation de ce qui se passe en Allemagne et, de cette façon, notre enseignement classique vaudra évidemment celui des Allemands. Rien n'est, comme on le voit, plus simple.