Le baccalauréat ainsi compris est un des contreforts du décret de messidor sur les préséances. Il n'est plus une garantie de bonnes études, il est devenu une sorte d'institution sociale, un procédé artificiel qui tend à diviser la nation en deux castes, dont l'une peut prétendre à toutes les fonctions publiques et dont l'autre est formée des agriculteurs, des industriels, des commerçants, de tous ceux qui vivent de leur travail et en font vivre le pays[145].
[145] Ribot. Rapport général, t. VI, p. 44.
CHAPITRE V
La question de l'enseignement moderne et de l'enseignement professionnel.
§ 1.—L'ENSEIGNEMENT MODERNE.
L'histoire de l'enseignement dit moderne constitue un exemple frappant de l'impossibilité d'accepter les réformes, les plus simples, les plus urgentes, lorsqu'elles ont à lutter contre les facteurs moraux—opinions, préjugés, etc.,—que nous retrouvons à chaque page de cet ouvrage.
Un ministre entreprenant, M. Léon Bourgeois, avait rêvé, il y a quelques années, de réformer à lui seul et sans bruit notre détestable éducation classique. A force de ténacité, nous l'avons vu plus haut, il obtint d'établir à côté de l'enseignement gréco-latin, un enseignement dit moderne, que terminait un baccalauréat spécial. Le latin et le grec étaient remplacés par des langues vivantes et des sciences.
Les programmes de cet enseignement étaient excellents, la réforme théoriquement parfaite. Les résultats furent pitoyables.
Ils furent pitoyables parce que la réforme eut contre elle l'opposition sourde de toute l'Université. L'enseignement dit moderne répondait à d'incontestables besoins, et cependant il végéta misérablement. Nous allons en avoir la preuve en lisant quelques extraits des rapports présentés à la Commission. Montrons d'abord le but de cette éducation, tel que l'a résumé un ancien ministre de l'Instruction publique, M. Berthelot.
L'éducation moderne, si elle était convenablement dirigée, devrait reposer essentiellement sur l'étude du français, des langues modernes et des sciences, et préparer d'une façon fructueuse aux carrières par lesquelles les citoyens peuvent vivre et servir leur patrie d'une manière indépendante[146].