Le khédive, qui s’était tout d’abord porté en avant, vient saluer ses augustes hôtes.

Cependant Ismaïlia s’est parée pour la fête. La jeune cité a orné de mâts vénitiens ses larges voies tracées au cordeau; les drapeaux flottent aux fenêtres des maisons encore clair-semées, et les façades pour s’illuminer n’attendent plus que la nuit.

Entre la ville et le canal d’eau douce s’allongent les files blanches des tentes réservées aux invités. Non loin de là se dresse une sorte de hangar aux proportions colossales, garni de tables à toute heure servies avec une luxueuse abondance.

L’espace compris entre le canal d’eau douce et le lac est occupé par les campements arabes.

De tous les points du désert sont venues les tribus bédouines, qu’effarouche d’ordinaire le voisinage des villes.

Cheiks en tête, sur leurs chameaux ou sur leurs chevaux rapides, elles sont accourues, et elles ont planté leurs tentes en face même du lac, où s’offre à leurs yeux étonnés l’escadre des grands navires rangés en ligne.

Mais elles-mêmes excitent la curiosité encore plus qu’elles ne la ressentent. Les Européens ne peuvent se lasser de contempler ces cavaliers superbes, à la peau cuivrée et à l’œil luisant, qui mettent tout leur luxe dans leur monture et dans leurs armes, satisfaits pour eux-mêmes de la grossière étoffe dans laquelle ils se drapent comme des rois.

Leur hospitalité d’ailleurs ne repousse aucun indiscret. Ils n’abaissent point la toile de la tente devant l’étranger qui rôde autour du campement, où circulent les femmes voilées et les enfants demi-nus; et, à qui vient s’asseoir sur leur natte, ils offrent gravement le chibouque et le café.

Le cadi du Caire, le mufti, le chef de la mosquée El-Azhar, forment le groupe le plus vénéré dans cette cité flottante qui compte les hadjis par centaines.

Mais voici que le soleil disparaît à l’horizon occidental. Les canons ont salué le déclin du jour; les pavillons se sont abaissés; encore quelques instants, et dans ce pays sans crépuscule la nuit sera tout à fait tombée.