Le khédive a fait, le premier, son entrée à Port-Saïd sur son yacht le Mahroussa. Son Altesse, qui venait recevoir ses augustes hôtes, était accompagnée du L.L.E.E. Chérif-Pacha, ministre de l’intérieur, Nubar-Pacha et autres hauts fonctionnaires égyptiens.
Le 13, le yacht Valk jette l’ancre, ayant à bord Leurs Altesses Royales le prince et la princesse des Pays-Bas.
L’empereur d’Autriche est attendu le 15. Mais la mer était si mauvaise, la veille, que peut-être Sa Majesté n’a pu s’embarquer à Jaffa où l’attendait l’amiral Tegetoff. On va, on vient, on s’informe, on s’inquiète, quand tout à coup le canon éclate.
Spectacle magique et bien fait pour tenter le pinceau.
Il est neuf heures du matin, le ciel est assez clair, mais les flots sont agités.
La foule se presse au bord des quais, entre les oriflammes secouées par le vent. Les barques passent et repassent, faisant force de rames.
Sur la rade et dans le port, les bâtiments de guerre se tiennent rangés en ligne, superbes sous leurs triangles de pavois, au sommet desquels flottent les pavillons. Les vergues hautes et basses sont striées de points noirs: ce sont les équipages qui attendent immobiles et muets. Mais voici que de toutes les poitrines une longue acclamation s’élance et que de nouveau tonnent les flancs des navires. Hourrah! Et le Greif apparaît entre les jetées, glisse bientôt dans l’eau plus calme du port et jette enfin l’ancre.
Sa Majesté François-Joseph Ier, empereur d’Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, est désormais l’hôte d’Ismaïl Ier, khédive d’Égypte.
Un éclair de joie a brillé dans les yeux de l’Empereur: il est arrivé un jour avant l’impératrice des Français, c’est-à-dire à temps pour la saluer à son entrée au port. On avait raison de croire que la mer était mauvaise la veille, elle battait même en furieuse la plage de Syrie; mais on avait eu tort de penser qu’une tempête était capable d’arrêter, dans son élan, la courtoisie d’un Habsbourg.
Malgré le vent et la vague, et les prudents conseils, l’Empereur avait voulu s’embarquer à Jaffa. Laissant à terre MM. de Beust et Andrassy, il s’élance dans un canot avec sa maison militaire; les flots conjurés le repoussent; les plus intrépides marins secouent la tête; mais l’Empereur le veut: en avant! En accostant le Greif, le canot est brisé; on jette une amarre, et l’Empereur est hissé sur le yacht; il touche pied tout mouillé, harassé et meurtri; mais un sourire effleure sa lèvre: il est à son bord et il arrivera à temps.