«Ils étaient plus de cent autour de moi. Ils commencèrent à renifler, à tousser, et, au mouvement de leurs lèvres, je vis qu'il se préparait des crachats. Le premier, un mauvais gamin catarrheux, me visa, en disant: «Voilà le mien!—Je jure Dieu, m'écriai-je, que tu me la...» Une véritable pluie tomba sur moi de toutes parts et m'empêcha de finir ma phrase. Je m'étais couvert la figure avec un pan de mon manteau; tous m'avaient pris pour cible, et il fallait [p. 28] voir comme ils pointaient bien. Quand ils s'éloignèrent, j'étais tout blanc de la tête aux pieds... Je ressemblais au crachoir d'un vieil asthmatique[ 14]

[!--Note--] 13 ([retour])
El doctor Jerónimo de Alcalá, Alonso, mozo de muchos amos, éd. Rivadeneyra, p. 494.

[!--Note--] 14 ([retour])
Quevedo, Vida del Gran Tacaño, cap. V.

Suárez de Figueroa, dans son Pasagero[ 15], nous rapporte les plaintes d'une autre victime dont, «sous la grêle épaisse des crachats», dans le ronflement odieux des appels de gorge, le beau manteau neuf fut couvert en un instant «des plus horribles expectorations qu'eussent jamais vomies des poumons malades» et se trouva, comme on disait, «passé à la neige».

[!--Note--] 15 ([retour])
El Pasagero, Alivio III, fo 106.—Dans le Don Quichotte de d'Avellaneda (chap. XXV), la même mésaventure arrive à Sancho, tombé aux mains des étudiants de Saragosse.

Plusieurs jours de suite, le nouveau venu doit subir ce répugnant supplice du gargajeo. Quand il a échappé à un premier groupe de persécuteurs, d'autres mettent la main sur lui, l'étourdissent de leurs sifflets et de leurs huées, dansent des rondes autour de lui, le poussent dans une classe vide, le hissent dans la chaire [p. 29] avec une mitre en papier sur la tête[ 16] et l'obligent à prononcer un discours.

[!--Note--] 16 ([retour])
C'est ce qu'on appelle hacer de Obispillos (Aleman, Alfarache, liv. III, part. II, ch. IV.)

Il n'échappe à ces brimades qu'en achetant au prix de quelques dîners des protections efficaces; il finit par convier un certain nombre de camarades à un banquet[ 17], dont la tradition a fixé le menu: du mouton, des perdrix, et la moitié d'un poulet pour chaque convive. Au dessert, on confère au nouveau le titre d'ancien et on lui en décerne pompeusement les lettres patentes.

[!--Note--] 17 ([retour])
Ce repas de bienvenue se nomme la patente (Alfarache, loc. cit.).

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