Grandes et petites, presque toutes les Universités d'Espagne donnent à ce moment une impression de misère. Depuis bien des années déjà, en même temps que la jeunesse se détournait de leurs Aulas, leurs rentes diminuaient, subissant fatalement le contre-coup de l'appauvrissement général du royaume. Pour subvenir aux frais de la Guerre de Succession, Philippe V
avait dû imposer aux moins nécessiteuses d'assez lourdes contributions[ 240] et ce dernier coup avait achevé de compromettre leur situation financière. Une administration singulièrement négligente avait encore augmenté leurs embarras. Au moment où nous sommes arrivés, elles souffrent de plus en plus de cet état de gêne qui décourage les maîtres et paralyse les dernières bonnes volontés.
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L'Université de Salamanque versa en une fois mille doublons et préleva, en plus, une retenue sur le traitement de tous les maîtres.
La vie intellectuelle des Écoles n'est ni moins réduite, ni moins misérable.
L'expulsion des Jésuites, qui aura lieu en 1767, les délivrera d'une concurrence redoutable sans réveiller leur activité. Les réformes générales du 14 février 1769, du 6 septembre 1770, du 22 février 1771 tenteront inutilement de modifier l'organisation matérielle de ces vieux corps, esclaves de la tradition, obstinément hostiles à toute nouveauté, incapables de s'accommoder eux-mêmes aux nécessités du temps présent: le remède arrivera trop tard[ 241].
[!--Note--] 241 ([retour])
Ferrer del Río, Hist. del reinado de Carlos III, t. III. p. 186 et sq.—G. Desdevises du Dézert, Les Colegios Mayores et leur réforme en 1771. Revue hispanique, t. VII, p. 223 et sq.—L'Enseignement public en Espagne au dix-huitième siècle. Revue d'Auvergne, août 1901.
Désormais, tout ce qu'il y a en Espagne de pensée libre et de curiosité intelligente se réfugie dans ces Académies qui, à l'imitation des quatre Académies royales[ 242], se constituent, par l'initiative privée, sur tous les points de la Péninsule[ 243].