Mais, dès qu'il fut dans la rue, un besoin de rire le saisit, et il pensa: «L'imbécile! oh! l'imbécile! Si je l'avais pris au mot tout de même! En voilà un bijoutier qui ne sait pas distinguer le faux du vrai!»
Et il pénétra chez un autre marchand, à l'entrée de la rue de la Paix. Dès qu'il eut aperçu le bijou, l'orfèvre s'écria:—Ah! parbleu; je le connais bien, ce collier; il vient de chez moi.
M. Lantin, fort troublé, demanda:—Combien vaut-il?
—Monsieur, je l'ai vendu vingt-cinq mille. Je suis prêt à le reprendre pour dix-huit mille, quand vous m'aurez indiqué, pour obéir aux prescriptions légales, comment vous en êtes détenteur. Cette fois M. Lantin s'assit perclus d'étonnement. Il reprit:—Mais…, mais, examinez-le bien attentivement, Monsieur, j'avais cru jusqu'ici qu'il était en… en faux.
Le joaillier reprit:—Voulez-vous me dire votre nom, Monsieur?
—Parfaitement. Je m'appelle Lantin, je suis employé au Ministère de l'Intérieur, je demeure 16, rue des Martyrs.
Le marchand ouvrit ses registres, rechercha, et prononça:—Ce collier a été envoyé en effet à l'adresse de madame Lantin, 16, rue des Martyrs, le 20 juillet 1876.
Et les deux hommes se regardèrent dans les yeux, l'employé éperdu de surprise, l'orfèvre flairant un voleur.
Celui-ci reprit:—Voulez-vous me laisser cet objet pendant vingt-quatre heures seulement, je vais vous en donner un reçu.
M. Lantin balbutia:—Mais oui, certainement. Et il sortit en pliant le papier qu'il mit dans sa poche.